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Mariage des enfants : Voici ce que Lomé en dit
Pendant deux jours, les 17 et 18 novembre, Lomé a été le théâtre d’un atelier particulier : celui qui marque la fin du projet AAME, consacré à l’abandon du mariage des enfants au Mali et au Togo. Porté par WiLDAF-Afrique de l’Ouest, le programme s’achève après près de deux ans d’actions menées dans des communautés souvent difficiles d’accès.
L’ouverture des travaux a été assurée par Kokou Awade, représentant du ministère de la Solidarité, du Genre et de la Famille, qui a salué un projet « qui a mis les communautés au centre des solutions ».
Des communautés qui s’organisent et se défendent
Au cœur du bilan présenté par les organisateurs : la mobilisation locale.
Selon Antoinette Mbroü, coordinatrice de WiLDAF-AO, l’un des plus grands succès du projet réside dans la capacité des villages à s’organiser eux-mêmes.
Des comités de veille ont vu le jour dans plusieurs localités. Leur rôle : repérer, alerter, signaler. Grâce à eux, des situations qui autrefois passaient sous silence sont désormais dénoncées.
Cette vigilance accrue a conduit à une augmentation notable du nombre de cas rapportés — signe, selon WiLDAF, que le tabou commence à s’effriter.
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Des jeunes filles mieux informées, des leaders mieux outillés
Le projet AAME n’a pas seulement permis de repérer les cas : il a aussi renforcé les connaissances des communautés.
Des leaders traditionnels et religieux ont été formés pour devenir des relais crédibles, tandis que des centaines de jeunes femmes ont reçu des informations essentielles sur la santé sexuelle et reproductive, un domaine encore très peu maîtrisé dans certaines zones rurales.
Plusieurs milliers d’adolescents — filles comme garçons — ont été sensibilisés aux droits des enfants et aux conséquences des mariages précoces.
Une réalité brutale derrière les chiffres
Malgré ces avancées, les statistiques rappellent la dureté du phénomène.
- En Afrique de l’Ouest et du Centre, plus d’une jeune fille sur trois est mariée avant 18 ans.
- Au Togo, un quart des filles se marie avant la majorité.
- Au Mali, la situation est encore plus grave : plus d’une femme sur deux a été mariée avant ses 18 ans.
Les estimations de l’UNICEF sont implacables : si rien ne change, un siècle serait nécessaire pour effacer complètement cette pratique.
Un projet qui se termine, une lutte qui continue
L’atelier de Lomé a réuni une quarantaine d’acteurs : institutions publiques, organisations engagées, partenaires locaux. Tous ont reconnu que, même si AAME touche à sa fin, la bataille est loin d’être gagnée.
Depuis février 2023, le projet a contribué à davantage de signalements, à une mobilisation accrue de la jeunesse et à un plaidoyer plus fort pour la réforme des lois qui protègent les filles.
La conclusion des participants est unanime : la dynamique est lancée, mais seul un engagement durable permettra d’en finir avec les mariages précoces.
