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Gazoduc ouest-africain : Pourquoi le Togo modifie le cadre fiscal
Le Togo a procédé à un réajustement stratégique du régime fiscal applicable au gazoduc de l’Afrique de l’Ouest, infrastructure clé pour l’alimentation du pays en gaz naturel. Cette décision, adoptée par l’Assemblée nationale le 24 décembre 2025, vise à renforcer la viabilité financière du projet tout en s’adaptant aux nouvelles réalités du secteur énergétique régional.
Une exonération fiscale prolongée pour le gestionnaire du réseau
L’une des principales modifications concerne l’allongement de la période d’exemption fiscale accordée à la West African Gas Pipeline Company (WAPCo), société en charge de la gestion du gazoduc. Initialement prévue pour 60 mois, cette exonération est désormais portée à 120 mois, offrant ainsi une marge financière accrue à l’opérateur.
Selon les autorités, cette mesure vise à permettre à WAPCo de mieux faire face à ses contraintes financières et de relancer ses capacités d’investissement.
Un taux d’imposition harmonisé au niveau régional
Autre changement notable : le taux d’imposition appliqué à WAPCo est abaissé de 35 % à 30 %. Cette révision permet d’aligner la fiscalité togolaise sur celle pratiquée dans les autres pays membres du projet, notamment le Bénin, le Ghana et le Nigeria.
Toutefois, le nouveau cadre laisse une marge de flexibilité à l’État togolais, qui conserve la possibilité d’appliquer un taux supérieur lorsque les conditions l’exigent, sans dépasser le plafond de 35 %.
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Un vote parlementaire dans un contexte stratégique
La loi modifiant le cadre juridique et fiscal du gazoduc a été adoptée lors d’une séance plénière présidée par le président de l’Assemblée nationale, Komi Selom Klassou. Le ministre délégué à l’Énergie, Messan Eklo, était présent pour défendre le texte devant les députés.
Le gouvernement estime que cette réforme est indispensable pour garantir la continuité et la performance d’une infrastructure essentielle à l’économie nationale.
Une infrastructure régionale au cœur de l’intégration énergétique
D’une longueur d’environ 678 kilomètres, le gazoduc de l’Afrique de l’Ouest traverse en grande partie le golfe de Guinée. Il relie le Nigeria au Bénin, au Togo et au Ghana, assurant le transport du gaz naturel nigérian vers ces pays côtiers.
Mis en service à la suite d’un traité signé en janvier 2003, le projet constitue l’un des piliers de la coopération énergétique régionale.
Un nouveau rôle renforcé pour l’AGAO
L’amendement adopté confie également à l’Autorité du gazoduc de l’Afrique de l’Ouest (AGAO) la mission de superviser les activités des chargeurs, conformément au code du réseau. Cette disposition vise à renforcer la régulation du secteur et à garantir une meilleure transparence des opérations.
Répondre aux défis financiers et opérationnels
Pour le ministre de l’Énergie, ces ajustements fiscaux répondent à plusieurs défis : les difficultés financières rencontrées par WAPCo, l’évolution du marché du gaz et l’ouverture d’une seconde entrée d’approvisionnement à Takoradi, au Ghana. À cela s’ajoute la multiplication des opérateurs, qui impose une adaptation du cadre réglementaire.
Un cadre juridique modernisé après vingt ans
Le cadre juridique initial du gazoduc, établi en décembre 2004, datait de plus de deux décennies. En le révisant, le Togo entend moderniser sa législation énergétique et sécuriser durablement son approvisionnement en gaz, dans un contexte régional en constante mutation.
