Sécurité
Extradition de Paul-Henri Sandaogo Damiba
La possible extradition du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba vers le Burkina Faso continue de susciter de vifs débats en Afrique de l’Ouest. Ancien chef de la transition burkinabè à la suite du coup d’État du 24 janvier 2022, Damiba a été renversé à son tour le 30 septembre de la même année avant de quitter le pays. Depuis, la question de son éventuel retour devant la justice burkinabè pose de lourds enjeux juridiques, diplomatiques et sécuritaires, notamment pour les États de la sous-région, dont le Togo.
Un cadre juridique international contraignant
L’extradition est une procédure strictement encadrée par le droit international. Elle repose sur des principes fondamentaux, au premier rang desquels figure la double incrimination : les faits reprochés doivent constituer une infraction pénale aussi bien dans l’État qui demande l’extradition que dans celui qui la reçoit. À cela s’ajoute la règle de la spécialité, qui limite les poursuites aux seuls faits ayant motivé la demande.
Autre principe central : la non-extradition pour infraction politique. Traditionnellement, les coups d’État et les actes visant directement l’organisation politique d’un État sont considérés comme des infractions politiques, bénéficiant d’une protection particulière. Toutefois, cette exception ne s’applique pas aux crimes graves de droit international, tels que les crimes contre l’humanité ou les violations massives des droits humains.
LIRE AUSSI : Prix Togolais de la Qualité 2026 : les entreprises appelées à postuler
Les instruments juridiques applicables au Burkina Faso
Le Burkina Faso est lié par plusieurs textes régionaux, notamment ceux de la CEDEAO et de l’Union africaine, qui encouragent la coopération judiciaire entre États membres. Le droit interne burkinabè prévoit également des mécanismes d’extradition active, sous réserve de l’existence de charges pénales précises et d’une procédure judiciaire formelle validée par les autorités compétentes.
Toute demande d’extradition devrait donc être appuyée par un mandat d’arrêt, une qualification juridique claire des faits reprochés et des garanties procédurales conformes aux standards internationaux.
Les faits potentiellement reprochés à Damiba
Plusieurs types d’infractions sont évoqués dans le débat public.
D’abord, la prise de pouvoir par la force en janvier 2022, qui constitue une rupture de l’ordre constitutionnel. Même si Damiba avait justifié son action par la dégradation de la situation sécuritaire, cet argument reste sans valeur juridique.
Ensuite, des allégations de violations des droits humains durant sa période de transition, notamment des exécutions extrajudiciaires et des violences contre des civils. Le massacre de Karma, en avril 2022, demeure l’un des épisodes les plus sensibles. Si des responsabilités directes ou indirectes étaient établies, l’exception d’infraction politique ne pourrait plus être invoquée.
Enfin, des soupçons de détournement ou de mauvaise gestion des fonds publics ont été évoqués par les autorités actuelles. Ces infractions, si elles étaient prouvées, relèveraient du droit commun et pourraient théoriquement justifier une extradition.
Des obstacles juridiques et humanitaires majeurs
Au-delà de la qualification des faits, l’extradition se heurte à plusieurs obstacles. Le principe de non-refoulement, inscrit dans les conventions internationales, interdit de remettre une personne à un État où elle risque la torture, des traitements inhumains ou un procès inéquitable. Dans un contexte burkinabè marqué par une instabilité persistante, cette question est centrale.
Les États requis exigent souvent des garanties diplomatiques quant au respect des droits de l’accusé. Mais leur crédibilité et leur mise en œuvre effective restent difficiles à vérifier.
Les leçons des précédents ouest-africains
L’Afrique de l’Ouest offre plusieurs cas de figure instructifs. L’affaire Hissène Habré a montré qu’il est possible de juger un ancien dirigeant pour crimes internationaux graves, mais au terme d’un processus long et exceptionnel, soutenu par l’Union africaine.
À l’inverse, les transitions en Guinée et au Mali ont privilégié la stabilité politique, sans poursuites judiciaires immédiates contre les dirigeants renversés. Au Burkina Faso même, le cas de Blaise Compaoré, réfugié en Côte d’Ivoire et jugé par contumace, illustre les limites pratiques de l’extradition lorsque l’État d’accueil refuse de coopérer.
Quel rôle pour le Togo ?
Si Damiba se trouvait sur le territoire togolais, Lomé serait confronté à un dilemme délicat. Sur le plan juridique, tout dépendrait de l’existence d’accords d’extradition, de la nature exacte des charges et des garanties offertes par Ouagadougou. Sur le plan politique, entreraient en jeu la tradition régionale d’asile, les considérations de sécurité et la stabilité sous-régionale.
Les partisans de l’extradition invoquent la lutte contre l’impunité et la coopération judiciaire. Les opposants soulignent les risques pour la sécurité de l’intéressé et les incertitudes entourant l’indépendance de la justice burkinabè.
Plusieurs scénarios envisageables
Trois options principales se dessinent :
- une demande d’extradition formelle, longue et juridiquement complexe ;
- un jugement par contumace au Burkina Faso, symbolique mais peu efficace ;
- ou des mécanismes de justice transitionnelle, axés sur la vérité et la réconciliation, sous réserve du respect du droit international.
Une équation délicate à résoudre
L’affaire Damiba met en lumière la tension permanente entre justice, droit international et stabilité politique au Sahel. Toute décision devra trouver un équilibre entre les droits des victimes, les garanties procédurales de l’accusé et la nécessité de préserver la paix régionale.
La question reste donc ouverte : faut-il privilégier la justice pénale immédiate ou une approche plus pragmatique, tenant compte des fragilités politiques actuelles ? Une chose est certaine, le dossier Damiba dépasse le seul cadre burkinabè et engage l’ensemble de la sous-région.
Par : L’Etoile de Kpédomé – Notsé

Ricardo
13 janvier 2026 au 10h42
Les lois n’existent nulle part. La CEDEAO et l’union Africaine pourrissent le continent africain. Ils appliquent la loi lorsque ça les arrange. Des milliers de personnes sont tués chaque semaine mais ces institutions ne font rien. Donc laisser ces pays résoudre leur problème pour que la sous région retrouve la paix. Damiba doit être remis au Burkinabé pour que ces coups d’etats n’arrive aux pays d’accueil.