Nécrologie
Décès de Zarifou Ayéva : Le premier ministre des affaires étrangères de Faure Gnassingbé s’en est allé
Le paysage politique togolais vient de perdre l’un de ses acteurs les plus constants. Zarifou Ayéva, président du Parti démocratique pour le renouveau (PDR), est décédé le lundi 15 décembre 2025 à l’âge de 83 ans, des suites d’une longue maladie. Une disparition qui marque la fin d’un parcours politique étendu sur plus de quatre décennies.
Des arcanes de l’État à l’opposition politique
Avant de devenir une figure de l’opposition, Zarifou Ayéva a longtemps évolué au cœur de l’appareil d’État sous le régime de Gnassingbé Eyadèma. Issu de la génération de cadres appelés à structurer le Togo post-indépendance, il est nommé en mars 1975 ministre du Commerce, de l’Industrie et des Transports, puis ministre de l’Information à la fin des années 1970. Entre 1979 et 1982, il dirige également la Société nationale de sidérurgie (SNS), un poste stratégique à l’époque.
La naissance du PDR à l’ère du multipartisme
Avec l’avènement du pluralisme politique au début des années 1990, Zarifou Ayéva change de trajectoire. En mai 1991, il fonde le Parti démocratique pour le renouveau (PDR), qu’il dirigera sans interruption jusqu’à son décès. Durant la transition démocratique, il siège au Haut Conseil de la République (HCR) entre 1991 et 1993, où il préside la commission des Affaires étrangères, de la Défense et de la Sécurité.
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Une ligne politique fondée sur les principes
Zarifou Ayéva s’est toujours distingué par une approche politique légaliste et rigoureuse. À la tête d’un parti aux moyens limités, il a privilégié la cohérence idéologique à la conquête rapide du pouvoir. Candidat à l’élection présidentielle de 1998, il se classe quatrième, sans pour autant renoncer à son engagement.
Peu enclin aux compromis tactiques, il s’est forgé l’image d’un homme de principes, parfois jugé austère, mais respecté dans l’ensemble de la classe politique. Ses positions, souvent fermes, traduisaient une conception exigeante de la démocratie et de la responsabilité publique.
Un retour ponctuel au gouvernement
Après la signature de l’Accord politique global (APG), Zarifou Ayéva effectue un retour remarqué au sein de l’exécutif. Il est nommé ministre d’État, ministre des Affaires étrangères et de l’Intégration africaine, poste qu’il occupe du 20 juin 2005 au 13 décembre 2007, dans le cadre d’un gouvernement d’ouverture associant des figures de l’opposition.
Le retrait et la fin d’un cycle politique
Ces dernières années, affaibli par la maladie, Zarifou Ayéva s’était retiré de la scène publique. Loin des projecteurs, il suivait à distance l’évolution d’un paysage politique qu’il a contribué à bâtir. Le PDR, désormais moins visible, s’est progressivement rapproché du camp présidentiel.
Un héritage politique symbolique
La disparition de Zarifou Ayéva laisse un vide essentiellement symbolique : celui d’un acteur de la première génération démocratique togolaise, à la fois témoin et artisan des grandes mutations politiques du pays. Son parcours restera celui d’un homme fidèle à ses convictions, convaincu que la durée et la constance valent parfois plus que l’éclat médiatique.
