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92 ans et toujours candidat ! Paul Biya face à une élection pleine d’incertitudes
Le Cameroun vit une journée décisive. Ce dimanche, huit millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour une présidentielle à un seul tour qui pourrait redessiner le paysage politique national. À 92 ans, Paul Biya, au pouvoir depuis plus de quatre décennies, vise un huitième mandat dans un contexte marqué par la lassitude, les tensions et une opposition divisée. Entre stabilité promise et espoir de changement, le pays est suspendu à l’issue d’un scrutin sous haute tension.
Dès 8 heures, les bureaux de vote ont ouvert leurs portes, sous la supervision d’Elecam, l’organe chargé de l’organisation électorale. Dans un contexte de lassitude, d’attente et de fortes tensions politiques, les Camerounais s’apprêtent à vivre une journée déterminante pour l’avenir du pays.
Une machine électorale bien rodée face à une opposition éclatée
Malgré son âge avancé et une campagne réduite à un seul meeting dans son bastion de Maroua (Extrême-Nord), Paul Biya peut compter sur la puissance organisationnelle du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), implanté dans chaque région.
Face à lui, douze candidats figurent officiellement sur les bulletins, bien que deux aient renoncé avant le vote. Parmi les principaux challengers :
- Issa Tchiroma Bakary (FSNC), ex-ministre devenu opposant, très populaire dans certaines zones rurales ;
- Bello Bouba Maïgari (UNDP), ancien allié du régime désormais dans l’opposition ;
- Cabral Libii (PCRN), jeune réformateur arrivé troisième en 2018 ;
- Joshua Osih (SDF), héritier du défunt Ni John Fru Ndi ;
- Patricia Hermine Tomaïno Ndam Njoya (UDC), seule femme en lice.
L’économiste Jacques Bougha-Hagbe, Pierre Kwemo (UMS) et Samuel Iyodi Hiram (FDC) complètent la liste, illustrant une opposition dynamique mais profondément divisée.
L’absence remarquée de Maurice Kamto, arrivé deuxième en 2018 mais dont la candidature a été invalidée, pèse lourdement sur le camp anti-Biya.
Un scrutin à un tour qui avantage le président sortant
Pour les opposants, le principal enjeu est clair : tourner la page Biya et ouvrir une nouvelle ère démocratique. Cependant, l’incapacité à s’unir derrière une figure commune fragilise considérablement leurs chances.
« Cette élection se joue en ordre dispersé », souligne un observateur politique à Yaoundé. « Le RDPC progresse sur un terrain divisé, et c’est là sa principale force. »
Le système à un seul tour, qui permet de l’emporter avec une majorité relative, constitue un atout majeur pour le président sortant.
Un contexte socio-économique difficile
Cette élection cruciale se déroule dans un climat social et sécuritaire tendu. Selon la Banque mondiale, plus de 10 millions de Camerounais vivent sous le seuil de pauvreté. Dans l’Extrême-Nord, les attaques de Boko Haram continuent de semer la peur, tandis que la crise anglophone perdure depuis huit ans dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Face à ces défis, l’électorat se montre divisé entre désillusion et espoir de changement. Le taux de participation, souvent faible, pourrait jouer un rôle déterminant, d’autant que près de 2 millions de nouveaux inscrits figurent sur les listes électorales cette année.
Elecam promet un scrutin transparent et apaisé
Pour rassurer la population, Elecam a tenu à souligner sa préparation. « Tout est prêt », a déclaré Erick Essousse, son directeur général. « Les urnes, les isoloirs, les bulletins : tout a été vérifié. Nous voulons garantir un scrutin crédible et inclusif. »
Des observateurs nationaux et internationaux sont déployés sur tout le territoire afin d’assurer la transparence du vote et du dépouillement.
Entre stabilité et changement : le Cameroun à la croisée des chemins
Le choix qui se présente aux Camerounais est clair : reconduire Paul Biya pour un huitième mandat au nom de la stabilité politique, ou opter pour une alternance démocratique après plus de quatre décennies de pouvoir.
Le verdict des urnes, attendu dans la soirée, dira si le Cameroun choisit la continuité ou le changement, dans un contexte où l’histoire pourrait à nouveau s’écrire sous le signe de la longévité politique.
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